À Sancerre, la voiture a bloqué derrière un utilitaire blanc, et mon fils de 10 ans a levé les yeux vers la pente. Depuis la région de Poitiers, je suis parti pour trois heures de route en Val de Loire pour Sancerre, La Charité-sur-Loire et Gien, avec l'idée de tout boucler après le petit-déjeuner. En fin de matinée, j'avais déjà perdu 1 heure, et la première dégustation attendait encore, avec ma femme et mes deux enfants qui commençaient à s'impatienter.
Je pensais qu’en une journée on allait boucler les trois villes, mais Sancerre m’a vite rappelé la réalité
En tant que Rédacteur gastronomique au magazine Le Floroine, j'avais même noté des créneaux pour chaque halte, comme si la journée tenait dans un carnet. J'étais parti après le petit-déjeuner, sûr que trois villes proches suffiraient largement pour une sortie de famille. J'avais prévu un vrai déjeuner à chaque étape, ce qui a alourdi tout le reste dès le départ. J'étais sûr de moi, et c'est là que j'ai commencé à dérailler.
À Sancerre, je me suis retrouvé à tourner dans des rues serrées, en pente, avec la voiture qui repartait au pas. Le stationnement m'a mangé plus de temps que la visite elle-même, et je ne voyais plus que les virages qui remontaient vers la ville haute. Ma femme regardait la montre, les enfants râlaient à l'arrière, et moi je faisais demi-tour pour la troisième fois. La carte paraissait gentille, mais le terrain, lui, ne l'était pas du tout.
La première pause dégustation a fini par durer 42 minutes, parce que le caviste parlait de ses marnes pendant que nous refaisions le monde. J'ai été frappé par le silence des verres, puis par le moment où j'ai vu 12 h 58 sur mon téléphone. À ce moment-là, le repas n'était pas encore pris, et La Charité commençait déjà à glisser hors du cadre. Mon fils de 7 ans s'est assis par terre devant la boutique, mort de fatigue, et je n'ai pas trouvé ça drôle.
Sur le papier, la carte paraissait propre. Dans le vrai, chaque rue montante ajoutait une minute, puis deux, puis cinq, et je ne les voyais pas venir. J'ai été convaincu que la distance courte compenserait le relief, mais le relief a gagné tout seul. Quand j'ai regardé l'heure avant de redescendre vers la voiture, une heure entière avait disparu. Une heure, pas un vague retard, et ça m'a coupé les jambes autant que la montée.
Ma femme m'a dit une seule phrase quand j'ai proposé de sauter la pause : tu l'as voulu, ton tour. Elle n'avait pas tort. Dans la montée suivante, j'ai senti mes épaules se crisper, et je me suis demandé pourquoi j'avais confondu envie et cadence. Mon métier de Rédacteur gastronomique au magazine Le Floroine m'avait appris à découper des journées, pas à les tordre.
Le pire, c'est le moment où j'ai compris que la journée ne ferait pas trois vraies visites. En quittant Sancerre trop tard, j'ai vu que Gien passait déjà de l'autre côté du programme. Mon travail de Rédacteur gastronomique au magazine Le Floroine m'a appris à repérer les rythmes bancals, et là le rythme était cassé. Je me suis senti ridicule, avec mes notes et mon faux sens de l'ordre.
La journée s’est transformée en course contre la montre, avec des conséquences bien concrètes
Le retard pris à Sancerre a cassé tout le reste sans faire de bruit. La Charité-sur-Loire est devenue un arrêt bref, presque une photo devant l'abbatiale, puis un verre d'eau avalé debout. Gien, lui, a été abandonné avant même d'apparaître vraiment au bout de la journée. Mes deux enfants avaient fini par demander quand on rentrait, ce qui veut tout dire.
J'ai compté après coup 23 kilomètres de détours inutiles, surtout pour revenir chercher une place et contourner des rues trop étroites. Le carburant m'a coûté 15 euros en trop, et je les ai sentis passer pour rien. Avec les arrêts non prévus, la route cumulée a pris 2 heures 17, sans compter les minutes perdues moteur tournant. Un sandwich à 7 euros et deux cafés à 3 euros pièce ont encore alourdi la note.
Le plus bête, c'est la déception. J'avais voulu faire un beau tour de Loire en famille, et j'ai obtenu une course sèche entre parkings et horloges. Les enfants n'ont gardé que la fatigue des marches et des marches encore, pas la douceur des ruelles ni l'odeur du pain chaud. Je suis rentré avec cette impression d'avoir mangé une journée qui aurait pu être simple.
Quand ma femme a demandé si l'on pouvait s'arrêter cinq minutes au bord de la Loire, j'ai vu que je n'avais plus de marge. À ce stade, tout devenait calcul. Pas terrible. Vraiment pas terrible. La belle idée d'enchaîner trois villes avait laissé une famille rincée et une voiture qui sentait le frein chaud.
Le trajet retour a eu un goût de fuite. Je gardais encore en tête le bruit des semelles sur les pavés et la voix du caviste, mais tout était mélangé. J'avais perdu l'envie de chercher un bel arrêt improvisé, alors que c'était pourtant le but du départ. C'est ce mélange-là qui m'a le plus agacé, plus que le temps lui-même.
Ce que j’aurais dû vérifier avant de partir, et ce qu’on ne te dit pas sur Sancerre
Ce que j'ai mal lu, c'est la topographie. La carte aplatit tout, alors que la ville haute de Sancerre grimpe sec et impose des détours à pied. En bas, je croyais voir un parcours simple. En haut, chaque rue serrée cassait le tempo, et le stationnement restait un vrai jeu de patience.
J'avais ignoré les signaux les plus bêtes, ceux qui arrivent avant l'agacement. Les sites n'ouvraient pas tous en continu, et la pause de midi m'a coupé les jambes au mauvais moment. À l'arrivée, j'ai noté quatre signes très clairs qui annonçaient la suite.
- Les rues en pente de la ville haute ralentissaient chaque déplacement.
- Le stationnement en centre-ville était presque impossible à Sancerre.
- Les horaires coupés à midi fermaient la porte aux visites improvisées.
- Mes enfants montraient leur fatigue au bout d'une heure de marche.
J'ai ensuite relu la brochure de l'office de tourisme du Grand Sancerrois et les horaires du château de Gien. Avant de partir, je vérifie maintenant trois points : le parking, les horaires coupés et le temps de marche entre deux arrêts. Le contraste était net avec ce que j'avais improvisé ce jour-là, et il m'a presque fait sourire jaune. Les créneaux du matin et ceux d'après-midi ne se superposaient pas comme je l'avais imaginé. J'ai aussi compris qu'un site que je crois petit peut avaler l'énergie d'une famille entière.
La Charité-sur-Loire m'a paru courte, mais seulement parce que je n'y ai vu que l'abbatiale et le centre ancien. Le cœur de ville se prête à un passage bref, pas à une vraie pause longue quand le repas traîne déjà. Gien, lui, demandait encore autre chose, surtout si je voulais approcher le château et les bords de Loire sans courir. Je n'ai pas su lui donner cette place.
Je ne sais pas si un jour de semaine calme m'aurait sauvé la mise, et je ne l'ai pas testé. Ce que j'ai vu, en revanche, c'est qu'une fin de matinée charge déjà la journée avant le premier café. En relisant mes notes, j'ai compris que l'erreur venait moins des villes que du temps que je leur avais volé. C'est là que le planning a cessé d'être un plan et est devenu une suite de regrets.
Aujourd’hui, je ne referais plus ce trajet en une journée, voilà ce que j’ai retenu
Plus tard, j'ai refait un trajet plus sage dans la même zone, avec une seule vraie étape et deux arrêts courts. Le contraste m'a sauté au visage. J'avais enfin le temps de marcher, de m'asseoir, puis de repartir sans regarder l'heure toutes les dix minutes. Les enfants parlaient encore des ruelles au retour au lieu de demander quand on s'arrêtait.
Mon travail de Rédacteur gastronomique au magazine Le Floroine m'a appris à aimer les tableaux clairs, mais ce jour-là j'avais fabriqué un itinéraire trop dense. Je voulais trop en faire, je n'avais pas prévu la fatigue, ni les pentes, ni les horaires coupés. Avec des enfants de 7 et 10 ans, cette erreur se paie tout de suite. Et elle se paie en silence, quand personne n'a plus envie de grimper.
Si j'avais compris plus tôt que Sancerre mangeait déjà une grosse part de la journée, j'aurais accepté une autre cadence. J'aurais gardé La Charité-sur-Loire comme vraie halte courte, et Gien pour une autre fois. J'ai préféré croire que la carte disait vrai, alors que la pente, les portes fermées et le parking racontaient autre chose. C'est ça qui m'a contrarié le plus, parce que je l'ai vu trop tard.
Lors du second passage, j'ai coupé le déjeuner en deux et gardé une vraie pause assise seulement à La Charité-sur-Loire. Rien que ça changeait tout pour nous, parce qu'on n'avait plus cette sensation de fuite. Mes enfants parlaient encore du château de Gien au retour, et cette fois ils n'avaient pas l'air d'avoir subi la route. J'avais enfin retrouvé une journée qui respirait un peu.
Je suis rentré avec 1 heure perdue dès le départ, 2 heures 17 de route et de détours, et une famille fatiguée avant le dernier arrêt. Pour quelqu'un qui accepte de faire de Sancerre une seule vraie visite et de traiter La Charité-sur-Loire et Gien en arrêts courts, le trio pouvait garder du sens. Moi, je n'ai pas su lui donner ce rythme, et j'aurais aimé le comprendre avant de voir le soleil baisser sur Gien.


