Le vent me piquait la joue au pied de la côte, et mes sacoches tapaient déjà contre le cadre. Depuis la région de Poitiers, j’ai suivi un protocole simple : partir trois jours vers La Charité-sur-Loire, Sancerre et Cosne-Cours-sur-Loire pour mesurer l’effet du vent de face sur ma moyenne. Mon travail de rédacteur gastronomique au magazine Le Floroine m’a appris à noter ce que je vois, sans maquillage. Je suis parti à l’aube de La Charité avec un VTC chargé, puis j’ai refait le même tronçon plus tard pour comparer.
Comment j’ai organisé ces trois jours de vélo entre sancerre, la charité et cosne
J'ai roulé avec un VTC à pneus larges, des sacoches qui pesaient 8 kg sur ma balance, et un compteur basique au guidon. J'étais sûr de moi au départ, parce que mes étapes tenaient en trois jours et que j'avais découpé la route en tronçons de 29 km, 34 km et 31 km. Mes deux enfants ont ri quand j'ai posé tout le chargement dans le salon pour vérifier les sangles, et moi aussi, j'ai souri. Oui, je sais, je m'étais juré de ne plus recommencer ce contrôle sur le tapis du salon.
J'ai choisi des départs à 6 h 14 puis à 9 h 38, parce que je voulais voir ce que change le vent quand la lumière monte. Le premier matin, le thermomètre de ma trousse affichait 11 degrés, et j'ai senti l'air venir droit du nord-est. Le deuxième passage, plus tard, marquait 18 degrés, avec un ciel clair et des rafales qui faisaient bouger les fanions le long de la Loire. J'ai pris ces relevés sur place et j'ai recoupé avec une appli météo, sans chercher plus loin.
Pour la mesure, j'ai suivi un protocole simple : chronométrer la portion entre La Charité-sur-Loire et Cosne-Cours-sur-Loire deux fois, avec mon compteur vélo et l'appli météo ouverte en parallèle. J'ai gardé la même charge, le même vélo et le même itinéraire, sauf l'heure de départ. J'ai noté les arrêts, le passage des ponts et le moment où le balisage me faisait lever le nez. J'ai aussi comparé ma cadence quand le revêtement passait du bitume sec aux gravillons plus sonores, puis j'ai recoupé une fiche de l'Agence de Développement Touristique du Cher.
Le jour où j’ai compris que partir tôt ne suffirait pas toujours contre le vent
À l'aube, je suis rentré dans la levée avec un souffle encore frais, et j'ai vu les feuilles filer dans le même sens que moi. Sur plusieurs kilomètres, les fanions sur la levée indiquaient un vent stable et puissant dans le nez. J'avais l'impression de pédaler sur place, comme si le vélo s'enfonçait dans un courant invisible. Ma moyenne a tourné à 15,8 km/h, puis elle a grignoté quelques dixièmes dès que la route s'est ouverte. J'ai été frappé par ce décalage entre ma sensation de pédaler rond et la vitesse qui restait basse.
Le deuxième passage, plus tard dans la matinée, m'a paru plus lourd dès le départ. Je me suis retrouvé à tirer sur le guidon au lieu de relancer souplement, et ma moyenne est descendue à 14,1 km/h avant le troisième pont. Au milieu du tronçon, j'ai senti le petit coup de mou qui vient quand le vent entre dans les épaules et que les jambes ne répondent plus pareil. J'ai alors raccourci mes relais et j'ai bu deux gorgées avant la sortie de la levée.
Le vrai moment de doute est arrivé quand le vent s'est levé plus fort que prévu, juste après une zone dégagée près du fleuve. Là, je me suis retrouvé à 12 km/h de moyenne, alors que je pensais encore garder un rythme correct jusqu'à Cosne. J'ai fini par poser le pied une fois au bord de la route, parce que mes cuisses brûlaient et que mon braquet restait trop long. J'ai été convaincu, à cet instant, que mon braquet trop long me punissait. J'ai compris, un peu tard, que partir tôt ne protège pas du tout quand le courant d'air s'installe plein face.
Le revêtement m'a aussi surpris. Sur le bitume sec, mes pneus faisaient un bruit continu, presque feutré, puis le son changeait d'un coup sur les gravillons plus grossiers. Sur une courte zone humide, l'avant du vélo flottait légèrement, et j'ai corrigé ma trajectoire à chaque virage serré. Les freins ont été plus sollicités dans les descentes autour de Sancerre, surtout quand la pente cassait net au sortir d'un pont. Le balisage, lui, disparaissait par moments au niveau d'un carrefour, et j'ai dû m'arrêter deux fois pour le retrouver.
Ce que j’ai observé en montant vers sancerre après la levée, entre effort et surprises
Après la levée, la montée de Sancerre m'a repris sans douceur. La route quitte la vallée, puis Sancerre apparaît perché au-dessus des vignes, et j'ai compris que je n'étais plus sur une balade plate. J'ai attaqué la pente au petit développement, parce que mon vélo chargé ne pardonnait rien dans les premiers mètres. J'ai senti les cuisses chauffer vite, surtout avec les 8 kg de sacoches qui tiraient l'arrière vers le bas. En bas, la levée m'avait déjà vidé, mais Sancerre perché m'a fait comprendre que le vrai test commençait, et mes jambes ont grogné tout de suite.
J'ai chargé mes sacoches sans me mentir sur leur poids, et la bosse m'a puni dès la première rampe. À mi-pente, j'ai dû marcher sur les derniers mètres, parce que mon braquet trop long m'avait grillé les jambes plus vite que prévu. Ce passage m'a montré qu'une montée courte sur la carte peut devenir un vrai bloc quand on grimpe déjà fatigué. J'ai vu le vélo devenir pataud, et chaque relance m'a coûté bien plus qu'en plaine.
Au sommet, j'ai été récompensé par la vue sur les vignes et la vallée, et j'ai enfin soufflé un peu. L'odeur de terre sèche m'a suivi sur les chemins blancs, surtout en fin de journée, quand la poussière chaude collait aux chaussures. Dans les descentes autour du village, j'ai senti les freins travailler davantage que je ne l'avais prévu, et j'ai gardé les mains prêtes sur les leviers. Cette alternance de montée, de descente et de plat m'a plu, même si elle m'a laissé les cuisses lourdes.
Mon travail de Rédacteur gastronomique au magazine Le Floroine m'a appris à regarder les gestes simples, et le braquet en fait partie. J'ai compris qu'un petit développement me permettait de garder une cadence régulière sans casser les jambes trop tôt. Avec un braquet trop long, je me suis arrêté; avec le bon rapport, j'aurais passé la rampe plus proprement. Je n'ai pas essayé de tirer des conclusions au-delà de ma seule sortie, mais, sur cette côte, le changement est net.
Au bout de trois jours, ce que j’ai retenu sur l’impact du vent et le départ matinal
Au bout des trois jours, j'ai comparé mes deux passages sur la même portion entre La Charité-sur-Loire et Cosne-Cours-sur-Loire. Le départ de 6 h 14 m'a donné une moyenne de 15,8 km/h et un temps de 1 h 44, tandis que le départ plus tardif m'a laissé à 14,1 km/h pour 2 h 03. J'ai donc gagné 1,7 km/h et perdu moins de temps à lutter contre le vent. Je n'ai pas obtenu ce résultat sur toutes les portions, mais sur la levée le gain m'a paru clair.
Je garde quand même des limites en tête. J'ai roulé avec des rafales qui changeaient par endroits, un vélo chargé à 8 kg, et une fatigue qui montait déjà au troisième jour. Je ne sais pas si ce même écart tiendrait en plein été, ni sous une pluie fine, car je n'ai pas testé ces cas-là. J'ai aussi vu que le balisage et les services restaient irréguliers hors saison, avec des boulangeries fermées et des pauses plus compliquées que prévu.
Mon verdict, c'est que ce parcours m'a donné une vraie variété sur trois jours, avec une levée roulante, une bosse qui pique et des vues qui récompensent l'effort. Je suis rentré avec l'impression que Sancerre reste le point dur, surtout avec du vent de face et des sacoches lourdes, tandis que La Charité-sur-Loire et Cosne-Cours-sur-Loire m'ont offert des portions plus lisibles. Si je repars, je partirai tôt, j'allégerai un peu le chargement et je garderai le petit braquet dès la levée. Pour ma part, je la referais, mais pas en oubliant le vent de la Loire.


